13 septembre 2012

Chronique chromatique

Ciel gris et pluvieux, errance matinale sur les chemins du WorldWideWeb où je découvre dans la chronique de la veille du datajournalisme selon Owni,  une œuvre  de la jeune artiste Tauba Auerbach : RGB COLORSPACE ATLAS, « un “atlas colorimétrique”, déclinant sur 3 000 pages le spectre RGB (ou RVB pour les francophones). »



Comme le fait remarquer l'équipe des journalistes de données d'Owni :
« le livre ne portant aucune autre indication que les couleurs elles-mêmes, (...) s’avère d’une parfaite inutilité pratique. Les amateurs éclairés pourront donc se contenter de la pure contemplation et feuilleter ce qui s’avère être une véritable œuvre de data-art. »
Je ne puis m'empêcher de songer à ces mots du philosophe chinois Zhuang Zi 庄子 - IVe siècle av. J.-C.- : « Les gens comprennent tous l'utilité de ce qui est utile, mais ils ignorent l'utilité de l'inutile. »

















Née en 1981 à San Francisco, Tauba Auerbach vit et travaille à New York et San Francisco. Ses créations délicates et réfléchies déconstruisent les modes de communication classiques de l'information visuelle. Les livres, « livres-sculptures », tiennent une grande place dans son œuvre.
Dans d'autres créations, Tauba Auerbach adopte les codes du langage typographique dans une approche conceptuelle et poétique. Son RGB COLORSPACE ATLAS a été présenté à Oslo par la galerie Standard en 2011. Elle est aussi représentée à New-York par la célèbre galerie de Paula Cooper.


    Tauba Auerbach /Tetrachromat 2011
    Installation view Bergen Kunsthall, Bergen, Norway SOTA/IV 2011-001










Nous savons tous que la perception de la couleur n'est possible que par la présence de lumière.  Le peintre suisse Johannes Itten, un des premiers professeurs du Bauhaus de Weimar dans les années 20, écrit dans son Art de la Couleur :  «  Les couleurs sont les idées originelles, les enfants de la lumière et de son contraire, l'ombre, toutes deux incolores à la naissance du monde. [...] La lumière [...] nous révèle par les couleurs l'esprit et l'âme vivante de ce monde. »

    Tauba Auerbach /Tetrachromat 2011
    Installation view Bergen Kunsthall, Bergen, Norway SOTA/IV 2011-001










Le spectre RGB de l'œuvre de Tauba Auerbach découle de la synthèse additive, opération consistant à combiner la lumière de plusieurs sources émettrices colorées afin d'obtenir une nouvelle couleur.
Dans ce système -découvert par Thomas Young en 1807- les couleurs primaires sont le rouge, le vert et le bleu, RVB (ou RGB pour les anglophones). L'addition de ces trois lumières colorées donne du blanc et l'absence de couleur donne du noir. C'est ainsi que se définissent les couleurs des écrans des téléviseurs et des ordinateurs.

"Le déjeuner sur l'herbe" Alain Jacquet
Diptyque, sérigraphie sur papier, 172,5 x 196 cm, 1964, MAMAC de Nice




















En imprimerie on utilise un autre système. Il s'agit cette fois de synthèse soustractive, opération consistant à combiner l'effet d'absorption de plusieurs couleurs afin d'en obtenir une nouvelle. Là,  les couleurs primaires sont le cyan, le jaune et le magenta. On parle de système CMJ (ou CMY pour les anglophones). L'addition de ces trois couleurs donne du noir et l'absence de couleur donne du blanc (si le support est blanc).

Aquarelle de Goethe. 1808.
Goethemuseum, Hochstift.



















Les peintres, quand à eux recourent au système RJB. Proche de la synthèse soustractive, il emploie le rouge, le jaune et le bleu comme couleurs primaires.

Johannes Itten (1887-1967) - Dreidimensionales Denken, 1919-1920,
Kunstmuseum, Berne



















Comme l'écrit encore Itten dans son Art de la Couleur, « le problème esthétique des couleurs peut se concevoir sous un triple point de vue : sensible et optique (impression de la couleur), psychique (expression de la couleur), et intellectuel et symbolique (construction de la couleur).»

Création du designer Kouichi Okamoto pour le studion Japonais Kyouei Design 















En écrivant ces lignes, une angoisse enfantine me revient en mémoire. 
Dans les années 70, Pierre Ceccaldi, professeur de médecine légale et directeur du laboratoire de l'Identité judiciaire à la préfecture de police de Paris avait une maison de campagne qui jouxtait notre jardin. La petite fille que j'étais à l'époque lui rendait souvent visite pendant les longs les week-end d'hiver et tout chez lui me fascinait. Toujours vêtu de noir, il me posait chaque fois les deux mêmes questions : - « pourquoi tes doigts ne sont-ils pas tous de la même longueur, alors que les miens le sont ? » ;
et encore  : - « un objet a-t-il une couleur quand tu ne le regardes pas ? »
- « Oui, il en a une ! », affirmais-je spontanément en réponse à la seconde question -trop décontenancée par la première-
Après une pose étudiée, il m'objectait un "non" catégorique et ajoutait :  
- « d'ailleurs l'objet n'a pas de couleur non plus quand on le regarde. » 
Et je rentrais chez moi songeuse et un peu ébranlée.

Gerhard Richter, 1024 farben [1024 couleurs] (CR 350-3), 1973 - Émail sur toile, 254 X 478 cm
Paris, Centre Pompidou, Musée natinal d'art moderne














Ainsi que l'explique très bien l'écrivain et historien de l'art Adrien Goetz dans La grande galerie des peintures, les 1024 Couleurs de Gerhard Richter  -œuvre que l'on peut voir entourée de 149 autres dans la fantastique exposition Panorama au Centre Pompidou jusqu'au 24 septembre- « aplats rectilignes, forment un fragment aléatoire d'un espace infini et extensible de manière logique et mathématique. Cette trame d'échantillons, séries de cellules monochromes qui, en se combinant, pourront donner naissance à l'univers entier, engendre, par un phénomène optique bien connu, à quelques pas de distance, des carrés noirs que l'artiste n'a pas peints, à l'intersection des lignes blanches qui séparent les teintes. Ces carrés noirs n'existent pas, sinon sur la rétine des spectateurs. »

Gerhard Richter, 180 farben [180 couleurs]  1971- Émail sur toile, 200 X 200 cm
Philadelphia Museum of Art, Philadelphia, USA























Dans son ouvrage, Goetz poursuit en citant Richter : « Les peintures abstraites [...] rendent sensibles une réalité que nous ne pouvons ni voir, ni décrire mais dont nous pouvons néanmoins conclure qu'elle existe. Nous attachons des concepts négatifs à cette réalité : l'inconnu, l'insaisissable, l'infini et, durant des milliers d'années, nous l'avons dépeinte sous forme de simulacres tels le ciel, l'enfer, les dieux et les diables. Avec la peinture abstraite nous avons créé un meilleur moyen d'approcher ce qui ne peut jamais être vu ni compris, parce que la peinture abstraite rend le plus directement sensible -c'est-à-dire avec tous les moyens dont l'art dispose- le "rien". »

Attribué à Zhao Chang, actif au début du xie siècle, dynastie Song 宋朝 960-1279,
rouleau vertical, 
51.2 x 103.8 cm, encre et couleurs sur soie
Musée national du Palais à Taïpei, détail.
















"Rien". Se résoudre à admettre que la couleur n’a pas d’existence matérielle dans le mode réel, mais n’est que le fruit d'une interprétation sensorielle, imaginer un monde sans couleurs réelles me demande un effort d'abstraction au-dessus de mes forces.
Je préfère fermer les yeux et imaginer le « [...] bel espace de nature où tout verdoie, rougeoie, poudroie et chatoie en pleine liberté, où toutes choses, diversement colorées suivant leur constitution moléculaire, changées de seconde en seconde par le déplacement de l’ombre et de la lumière, et agitées par le travail intérieur du calorique, se trouvent en perpétuelle vibration[...]. » décrit par Charles Baudelaire dans le chapitre De la couleur de son Salon de 1846  ; ou encore le « jaune asymptotique », forgé par le héros aux « causalités amoureuses[...]bysantines » pour sa colocataire dans le dernier roman d'Amélie Nothomb !


SOURCES /

Owni
Tauba Auerbach
Galerie Standard
Galerie de Paula Cooper

  











 Kouichi Okamoto



Gerhard Richter

Exposition Panorama au Centre Pompidou

Rouleau de Zhao Chang

Charles Baudelaire, Le salon de 1846
Amélie Nothomb, Barbe bleue, pp. 109 et 110



23 juillet 2012

SHOCK

Depuis l'angle des rues Notre-Dame-de-Lorette et Lamartine j'entame l'ascension des 885 mètres de la rue des Martyrs dont le point culminant conduit au 14 rue La Vieuville, non sans songer à la signification symbolique de cette lente progression. Je me souviens d'avoir lu que cette rue -des Martyrs-  fut ainsi nommée car c'est celle qu'aurait empruntée, selon une ancienne tradition, Saint Denis, premier évêque de Paris, martyr sous l'Empire romain. Après avoir été décapité, il marcha sur cette route, tenant sa tête entre ses mains, pour s'écrouler quelques kilomètres plus au Nord, où fut fondée la Basilique Saint Denis.


















Au terme de cette ascension, la jolie facade au charme désuet d'un ancien magasin de papiers peints signalé par de grandes lettres rouges dans un écrin de bois bleu s'ouvre sur la galerie Spree dédiée à l'art contemporain et au design. Roberta Oprandi (styliste) et Bruno Hadjadj (artiste plasticien et décorateur) y présentent et défendent les œuvres d'un groupe d'artistes contemporains, hétéroclite et pertinent. En face, au numéro 16, la boutique Spree assemble une sélection affûtée de créateurs, de designers des années 50 aux années 80 et des artistes contemporains.


Un peu essoufflée, dès le seuil franchi le choc est immédiat.          
SHOCK N°1 © Damien Peyret
Tirage fine art encadré sous verre brisé
20 cm X 25 cm Edition # 3    
80 cm X 100 cm Edition # 3






















La première impression est physique, sans lire la partition, l'œuvre résonne déjà intensément.
SHOCK N°2 © Damien Peyret
Tirage fine art encadré sous verre brisé
20 cm X 25 cm Edition # 3    
80 cm X 100 cm Edition # 3






















Pour canaliser l'émotion, la contextualiser, je lis les mots de l'artiste :
"J'ai réalisé ces photographies quelques jours après le double attentat d'Oslo et d'Utoeya. Je fais le tour du centre d'Oslo ébranlé par la puissance de la bombe. Je photographie les rues autour du périmètre de sécurité. Toutes les vitres des immeubles ont été soufflées ou brisées et recouvertes à la hâte de panneaux de bois. Le quartier a l'aspect d'une ville fantôme. Dans la cathédrale, les Norvégiens allument chaque jour des centaines de bougies, à l'extérieur, des milliers de roses gisent dans les jardins. En brisant les vitres sur mes images, je matérialise l'impact de la violence qui affecte notre monde et nous atteint physiquement et émotionnellement."
SHOCK N°4 © Damien Peyret
Tirage fine art encadré sous verre brisé
20 cm X 25 cm Edition # 3    
80 cm X 100 cm Edition # 3






















L'artiste est là, talentueux réalisateur et photographe sensible, Damien Peyret, volubile, le regard brillant, raconte avec passion cette aventure, sa démarche.
SHOCK N°9 © Damien Peyret
Tirage fine art encadré sous verre brisé
20 cm X 25 cm Edition # 3    
80 cm X 100 cm Edition # 3






















Je ressens charnellement l'impact de ses images. C'est une sensation sonore, plus qu'un regard, un cri qui provoque une fêlure. La photographie seule aurait pu raconter, donner à voir ces scènes inhabituelles comme une écriture dactilographiée. Avec l'intervention du cadre brisé de Damien Peyret, l'écriture devient manuscrite et l'on se surprend à reconstituer mentalement son geste, à se l'approprier, à en ressentir toutes les émotions.
SHOCK N°5 © Damien Peyret
Tirage fine art encadré sous verre brisé
20 cm X 25 cm Edition # 3    
80 cm X 100 cm Edition # 3






















La percussion du cadre brave un interdit, libère la force et la violence de l'image prisonnière derrière son verre, la mise à distance devient impossible : le spectateur devient acteur et ne peut échapper à cette manifestation concrète de l'indicible.
SHOCK N°12 © Damien Peyret
Tirage fine art encadré sous verre brisé
20 cm X 25 cm Edition # 3    
80 cm X 100 cm Edition # 3























Enfin le "douzième Shock", et ses brisures légères comme une constellation, apporte un peu d'apaisement, il est comme une offrande, une prière murmurée qui entrouvrirait la douzième porte de la Jérusalem céleste.


OFFRANDES © Pascale Peyret






















Le récit de cette ascension vers la découverte des territoires inexplorés des évènements de l’été 2011 en Norvège serait incomplet sans s’arrêter sur l’autre versant de cette éminence émotionnelle.

C’est du regard de la photographe et plasticienne Pascale Peyret qu’il s’agit, exposé comme en écho, au même moment en Norvège.
La beauté saisissante de ces images nourrit l’espérance d’une rédemption, invite à la méditation.



Références /
Damien Peyret
Pascale Peyret

Galerie Spree
Une interview du très sympathique co-créateur de la galerie, Bruno Hadjadj 


22 juillet 2012

Intense proximité

TokyoCiel / 22 juillet 2012 © Barbara Sabaté-Montoriol



















Mode d'emploi : après avoir arpenté le grand dédale d'espaces labyrinthiques du nouveau Palais de Tokyo, rendez-vous sur la terrasse pour déguster un jus de carottes au gingembre, détendez-vous,
ainsi peut être pourrez-vous saisir une dernière oeuvre spontanée qui s'offre à vous.







06 juin 2012

Une belle rencontre


Manteau de laine Fragonard à motifs cachemire

















Hier matin, je partis retrouver une amie près du Palais Royal, enfilai à la hâte mon imper en voyant les gouttes gris sombre se répandre sur le zingue du toit de l'immeuble d'en face, oubliai mon téléphone, fis demi tour, repartis avec un autre manteau, décidai de prendre le bus, l'attendis en vain,  descendis dans le métro, laissai passer une rame pour répondre au téléphone, montai dans la suivante, changeai de wagon au dernier moment pour éviter l'ampli tonitruant d'un musicien ambulant, trouvai une place assise.
En face de moi, une dame très smart plongée dans sa lecture, leva les yeux et me sourit gentiment.
Je remarquai qu'elle tenait un crayon à la main et songai avec plaisir qu'elle partageait mon goût pour la lecture active. Elle engagea bientôt la conversation, mon manteau à motifs cachemire lui plaisait.
Elle se rendait à l'École du Louvre et nous parlâmes d'histoire de l'art.
Déjà il fallait se séparer, elle me demanda si j'avais vu l'exposition "Beauté animale".  Des oeuvres de son mari y étaient présentées, elle me quitta en me donnant ses coordonnées.

Augusoma Centurus, bronze patiné - François Chapelain-Midy
















J'avais gardé le souvenir des étonnantes sculptures de coléoptères cornus en montant les escaliers monumentaux du Grand Palais, mais oublié le nom de leur auteur. François Chapelain-Midy, l'époux malheureusement disparu de cette dame que je venais de rencontrer, était un personnage attachant. 
Dynaste Hercules, bronze patiné - François Chapelain-Midy
















Cet artiste hors du commun, fils du peintre Roger Chapelain-Midy, a été formé à l'École Boulle. Il créera aussi une entreprise de taxidermie,  sera restaurateur de minéraux de collection et d'art primitif puis sculpteur et décorateur - travaillant pour le cinéma (La belle noiseuse, Germinal, etc.) et l’opéra (vaisseau d’Othello à l’Opéra-Bastille)-.
Il portait un regard aigu et sensible sur l'environnement des hommes, leur place dans la nature. Les insectes le fascinaient particulièrement. 
Pagodes, bronze patiné - François Chapelain-Midy



















Ses insectes sont stylisés, dépouillés. Comme le souligne Bruno Didier, "la plastique des insectes, le mystère qui s’en dégage, sont pour lui autant d’incitations à en explorer les formes “autrement”. Il leur applique son propre regard, celui de quelqu’un qui ne trouve que de la beauté là où est la vie."
François Chapelain-Midy dans son atelier.


















Je ne peux m'empêcher de songer, amusée, à la succession des petits accidents qui m'ont ainsi conduit des motifs floraux du cachemire aux coléoptères géants de François Chapelain-Midy par l'intermédiaire de son épouse Mireille.

On peut admirer ses oeuvres au Grand Palais jusqu'au 16 juillet 2012.


Références /

11 mai 2012

Autoportrait

Autoportrait / © Barbara Sabaté Montoriol

















好好学习, 天天向上 !*

*"Bien étudier et progresser tous les jours", 
une phrase prononcée par Mao Zedong à l'adresse des écoliers.

05 mai 2012

"Gouverner c'est être juste ?"

Affiches déchirées de Nicolas Sarkozy et François Hollande (Reuters/Stéphane Mahé)















政 正 也 zhèng zhèng yě
est une des formules ramassées qu'affectionnait Confucius et que l'on peut rendre approximativement par "Gouverner, c'est être juste".

Confucius se sert ici de l'identité phonétique et de la parenté graphique entre la justesse (正zhèng) et la gouvernance (政zhèng), pour souligner la nécessité de la rectitude morale chez ceux qui ont la charge de gouverner (les deux premiers termes sont complétés par le caractère 也yě, dont le rôle est de marquer l'équivalence complète entre eux).


Références /
Explications de Cyrille J.-D. Javary 
in "100 mots pour comprendre les chinois" chez Albin Michel, p. 267.












Lire le blog des décodeurs...


23 avril 2012

Le temps devant soi

Quelques jours de repos à l'île-aux-moines, loin de la fureur parisienne,
le temps devant soi.
He Yifu - Le Voyage d'un peintre chinois en Bretagne






















Le vent tord les branches du camélia en tous sens, la pluie ruisselle sur les vitres, y dépose une constellation de gouttelettes. Un bol de thé fumant irradie sa douce chaleur dans mes deux mains qui l'enserrent.
Je lis des poèmes chinois anciens traduits par François Cheng. L'un d'eux me touche particulièrement, reflet délicat de l'émotion du petit matin dans ma retraite insulaire.
C'est une œuvre de Mèng Hào rán 孟浩然 (689-740),
poète de la Dynastie des Tang 唐 (618-907) :

春眠不觉晓
处处闻啼鸟
夜来风雨声
花落知多少

He Yifu - Le Voyage d'un peintre chinois en Bretagne



















que François Cheng traduit ainsi :

"Le sommeil printanier ignore l'aube,
On se réveille aux appels des oiseaux.
Nuit passée, bruissement de vent, de pluie ;
Que de pétales, déjà, ont dû tomber..."

He Yifu - Le Voyage d'un peintre chinois en Bretagne


















Je ne résiste pas au plaisir d'en proposer une traduction à mon tour :

"L'aube printanière ne dissout pas ma nuit
le chant des oiseaux m'envahit
vent et pluie, murmures de l'ombre 
des fleurs évanouies, je ne sais le nombre"
He Yifu - Le Voyage d'un peintre chinois en Bretagne


















Le vent d'Ouest a emporté les nuages de pluie, le soleil fait scintiller les plaques de mousse gorgées d'eau, agrippées ça et là aux murs de pierres grises. Une tige de chèvre-feuille d'un vert très tendre ondule derrière ma fenêtre avec la grâce d'une danseuse indienne, disparaissant par intermittence au gré du vent.

Le bonheur se tient là.
He Yifu - Le Voyage d'un peintre chinois en Bretagne


















Je songe aux mots du Lao zi 老子 :

大小多少 

que le grand sinologue Jean-François Billeter traduit par

"faire grand cas des choses infimes".


Références /
Illustrations de He Yifu, extraite du "Voyage d'un peintre chinois en Bretagne",
aux éditions Ouest-France












Traduction du poème de Mèng Hào rán par François Cheng à retrouver dans
"Entre source et nuage" aux éditions Albin Michel, dans la collection Spiritualités vivantes.

09 avril 2012

Rosa, rosa, rosam...

"Le rose (...) dégage (...) un large éventail de sensations, de sens, de connotations, de symboles, complémentaires ou contradictoires.

Des pâleurs aux roses plus intenses, faisant appel à des dénominations référentielles empruntées à la nature, aux objets frabriqués, à l'art, à l'histoire, à la société..., le rose se fait aurore ou brume, s'épanouit en fleurs : rose fleur, rose... naturelle, fraîche, fanée ou sèche, rose églantine, rose mousseuse ou rose-thé, 
Pierre-Joseph Redouté (1759-1840)






















feuille ou pétale de rose, rose azalée, bougainvillée, fuchsia, géranium, magnolia, fleur de pêcher, tamaris..., cendre de roses,
La source aux fleurs de pêcher Wang Hui (1632-1717)















se transforme en bois de rose, s'incarne en rose (...) crevette, flamant, ibis ou saumon....,
John James Aubudon, Flamant rose, 1838,
 Eau forte, aquatinte et aquarelle sur papier, 

Paris, Muséum national d’Histoire naturelle























Étiquette du vin rosé du Domaine de Vénus, 
design by Barbara Sabaté Montoriol, 2006

prend les nuances de l'incarnat et du rose chair, cuisse de nymphe émue, (....), se nomme tour à tour rose buvard, rose layette, rose Barbie, rose bonbon, dragée, guimauve, praline, tagada et grenadine ....,  devenant tour à tour rose Pompadour, Schiap ou Tiepolo 
Sainte Cécile 1750-1760, détail
Giambattista Tiepolo
Museu Nacional d'Art de Catalunya
par référence  à l'art de la porcelaine, de la Haute Couture et de la peinture, éclate en rose indien, turc et tyrien par évocation de ses origines, 
bol famille rose émaux cuits sur couverte, 
Chine, période de l'empereur Daoguang 道光帝 (1821-1850)
Dynastie Qing 清 (1644-1911)




















enfin, faisant appel aux idées ou aux sentiments qui lui sont associés, le rose se fait candide, naïf ou innocence, rose enfance (...), rose Lolita...
André Bour plasticien - Abattoirs de Toulouse, 2001  















multiples roses, anciens et nouveaux, qui taduisent plus que des nuances, et sont autant d'images du rose" au fil du temps.
Vanité, Philippe Pasqua, Art Paris 2011

















"Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité"
   L’Ecclésiaste


Références /
On peut voir le flamant rose de John James Audubon
et découvrir les vins du DOMAINE de VÉNUS là...
Textes extraits du Dictionnaire des mots et expressions de couleur,
Le Rose - Annie Mollard-Desfour - CNRS Éditions